Notre histoire
Nous sommes Agnès Lacourse et Johanne Loiseau. Nous avons pris notre retraite la même année, à six mois d'écart, et nous nous sommes retrouvées avec la seule chose qui nous avait manqué pendant quarante ans : du temps le matin.
Le premier hiver, nous marchions pour marcher. Les grèves de novembre sont vides et la mer rejette tout ce qu'elle a gardé l'été : des culs de bouteilles, des galets rouges de grès, des coquilles usées jusqu'au nacre. Nous avons commencé à trier nos trouvailles dans des bocaux, par couleur, faute de mieux à faire.
Les bocaux sont devenus la matière première. Nous montons maintenant chaque pierre telle quelle, sans la tailler ni la polir : le travail de la mer est meilleur que le nôtre. Ce que nous ajoutons, c'est le métal — argent 925, laiton, or rempli — martelé et serti à froid dans l'atelier de Johanne, à cinq minutes de la grève où la pièce a été ramassée.
Nous faisons environ deux cents bijoux par année. C'est peu, et c'est voulu : nous ne ramassons jamais plus que ce qu'une marée nous donne. Personne ne nous attend, et c'est exactement pour ça que nous le faisons.